La part de marché des fournisseurs alternatifs a grimpé de 4 points en 2018, à 35 % des volumes consommés. Mais plus des trois quarts des ménages sont encore au tarif réglementé d’EDF.


Véronique Le Billon


EDF a continué à perdre des parts de marché l’an dernier. A fin 2018, 25,6 millions de ménages étaient encore abonnés à son tarif bleu réglementé (soit 77,3 % des sites). Mais en un an, ce sont donc 900.000 clients qui ont quitté le tarif régulé, selon les données de l’Observatoire des marchés de détail publié ce mardi par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). D’autant qu’en parallèle, 304.000 nouveaux sites résidentiels ont vu le jour en 2018.

Au final, la part de marché des fournisseurs alternatifs (en nombre de sites) a progressé de quatre points en un an, à 21,9 % fin 2018, alors que de nouveaux fournisseurs d’électricité sont arrivés sur le marché l’an dernier, à l’instar de l’enseigne de grande distribution Leclerc . L’année précédente, les concurrents d’EDF avaient déjà gagné 3,7 points de parts de marché sur l’ancien monopole. Ce dernier est le seul habilité en électricité, avec les entreprises locales de distribution (ELD), à vendre le tarif réglementé, dont le mode de calcul et l’évolution sont encadrés par la CRE.

Offres de marché

Attaqué sur son tarif réglementé, EDF a commencé à riposter en développant à son tour des offres dites « de marché », dont l’électricien détermine lui-même le niveau et qui lui permettent de s’adresser à des clientèles plus ciblées. A l’instar de plusieurs fournisseurs alternatifs, il a ainsi commencé, fin 2017, avec l’offre Vert Electrique, qui propose de l’électricité garantie d’origine renouvelable et module le prix de l’électricité, pour sa déclinaison « week-end », en fonction des jours de la semaine.

Depuis octobre dernier, EDF propose aussi, avec son offre Digiwatt, une réduction de prix pour les ménages choisissant une relation client purement numérique. A fin décembre, 272.000 sites avaient ainsi opté pour ces offres « libres » d’EDF (et des ELD), alors qu’ils n’étaient que 82.000 un an plus tôt. Un mouvement qu’Engie, fournisseur historique dans le gaz, a déjà enclenché depuis plusieurs années. EDF vise, « d’ici 2022, 2 millions de nouveaux clients en offres de marché en électricité », indique le groupe.

Cdiscount, Vattenfall ou Mint

Après avoir gelé le tarif réglementé d’électricité cet hiver à la suite du mouvement des « gilets jaunes », le gouvernement va devoir entériner au printemps la hausse du tarif réglementé , évaluée à 5,9 % par le régulateur. Un bond qui pourrait inciter certains ménages à changer de fournisseur pour aller chercher les meilleures offres. Selon le comparateur cité par l’Observatoire des marchés de détails, CDiscount, Vattenfall, Mint Energie ou Total Direct Energie proposaient fin 2018 les prix les plus bas, avec une facture moyenne inférieure de 7 à 8 % pour les clients résidentiels.

Pour les « petits professionnels » qui peuvent encore souscrire un tarif réglementé (les plus grands sites ne le peuvent plus depuis trois ans), la part de marché des concurrents d’EDF progresse aussi, avec un gain de 4,3 points en un an, à 43 % (en volume). Le tarif réglementé y est devenu marginal, EDF fournissant déjà l’essentiel de ses clients avec des offres de marché.

Adapter le périmètre

La concurrence pourrait en outre se développer rapidement sur ce marché ces prochaines années. A la suite d’ une décision du Conseil d’Etat l’an dernier et à la future directive européenne sur le marché de l’électricité, un amendement au projet de loi Pacte en cours de discussion autorise le gouvernement à prendre une ordonnance pour adapter le périmètre des tarifs réglementés. Une révision qui pourrait intervenir à partir de 2021, estime un fournisseur alternatif.

La concurrence progresse aussi dans le gaz

Les 31 fournisseurs alternatifs comme Total Direct Energie, EDF ou Eni s’arrogeaient 29,4 % des clients résidentiels pour le gaz fin décembre, contre 28,5 % trois mois plus tôt. La part de marché des concurrents d’Engie est nettement plus élevée (43,6 %) pour les clients non résidentiels qui représentent plus des trois quarts de la consommation.